STRESS & CONFINEMENT
Mémo pour l'équipe officinale

Effets de la crise sanitaire & des mesures de confinement

Récemment[1], deux études ont été réalisées concernant l’état psychologique dans un contexte de crise sanitaire mondiale et, notamment, de confinement.

La première étude, réalisée en Chine à l’aide d’un auto-questionnaire en ligne, cherchait à évaluer : la fréquence de l’anxiété, de la dépression, des comportements d’évitement et des symptômes physiques.

Les résultats ont mis en avant :

  • 35 % ont ressenti un stress psychologique modéré
  • 5,14% ont ressenti un stress sévère
  • Les femmes ont des scores de stress élevés
  • Les individus âgés de 18 à 30 ans & plus de 60 ans ont des scores de stress élevés
  • Les scores les plus élevés sont ceux des travailleurs migrants.

Le stress, qu’est-ce que c’est ?

C’est une situation face à laquelle nous avons l’impression ne pas avoir les moyens, les capacités et les ressources nécessaires[2]. Cette situation est causée par des « agents stresseurs » qui peuvent être majeurs[3] ou mineurs[4].

L’individu ressent ainsi une incapacité à répondre correctement à la situation, une forme d’inadaptation. Ce sentiment d’incapacité/d’inadaptation peut avoir des conséquences au niveau :

  • Biologique: libération d’hormones
  • Cognitive: pensée négative
  • Comportemental
  • Emotionnel: colère, peur, etc.

Plus cette situation stressante est longue ou perçue comme longue, plus les conséquences seront importantes. Par exemple, concernant les hormones, c’est un mécanisme biologique bénéfique sur le court terme : le corps réagit pour se protéger. Le problème survient lorsque la situation est perçue comme stressante trop longtemps, libérant des hormones régulièrement.

La situation actuelle impose des bouleversements dans des sphères de la vie qui sont déjà facteurs de stress : la sphère sociale et professionnelle. La crise sanitaire actuelle et le confinement impose de s’adapter rapidement à une situation inconnue.

Ainsi, pour vivre au mieux cette situation, il faut savoir identifier les facteurs de stress, les agents stresseurs et apprendre à gérer son stress.

1.    Les facteurs de stress identifiés

Dans la seconde étude, les auteurs ont cherché à comprendre l’impact que pouvait avoir le confinement sur l’état psychologique de la personne. Pour cela, des précédentes études ont été analysées concernant les mesures prises lors d’autres épidémies (SRAS, Ebola, etc.), telles que le confinement.

Plusieurs facteurs de stress sont mis en avant tels que la durée du confinement[5], la peur, notamment pour les femmes enceintes ou mères de jeunes enfants, l’inadéquation des informations transmises, l’absence de clarté sur les niveaux de risque, l’absence de protocoles de conduite, etc.

Ces facteurs provoquent des sentiments comme de l’inquiétude, de la peur, de la colère ou encore de la culpabilité. Les mesures de confinement elles-mêmes, influencent ou même, provoquent la peur.

De plus, cette étude met aussi en avant les difficultés à la suite de la crise sanitaire liées aux conséquences économiques, à la reprise de l’activité de travail ou encore la tension familiale liée à la reprise d’une activité professionnelle à risque.

2.    Gestion du stress : bien vivre le confinement

Tout d’abord, il est important que chacun se questionne sur ce qui semble lui faire du bien : la gestion du stress est variable d’un individu à l’autre. Dans tous les cas, il est conseillé de :

  • Chercher à rythmer ses journées
  • Ouvrir la discussion sur le stress, notamment reconnaitre ses émotions et échanger avec ses proches
  • Garder un lien social, notamment afin de discuter sur la situation et le stress ressenti

Le rôle du pharmacien et de l’équipe officinale dans ce contexte

Au niveau du pharmacien vis-à-vis de son équipe, eux-mêmes touchés par cette crise sanitaire et les facteurs de stress qui en découlent :
– il faut informer au maximum sur l’évolution de la situation au niveau sanitaire et économique, 
laisser son équipe prendre part aux décisions concernant l’organisation du travail de l’officine et des missions de conseil à effectuer auprès de la patientèle.

Au niveau de l’officine vis-à-vis de la clientèle l’objectif est de :
– réduire l’ennui,
– l’inquiétude
– le sentiment d’isolement social.

Pour cela, il faut encourager les bonnes conduites, informer de la disponibilité du personnel et préciser que tout le monde a les mêmes difficultés et se sent débordé.

Pour la patientèle particulièrement anxieuse, soit les parents, il faut essayer de leur expliquer comment agir sur l’état de stress de leur enfant. Tout d’abord, en restant vigilant des manifestations réactionnelles au stress (pleurs, irritabilité, « pipi au lit », difficultés d’attention, maux de tête, etc.). Puis, en proposant des bonnes conduites à tenir : être transparent, donner des informations adéquates, entendables et compréhensibles.

Concernant la population particulièrement vulnérable en cette période de confinement, soit les femmes victimes de violences conjugales, le rôle de l’officine est toujours de repérer, conseiller et orienter. Il faut savoir qu’en cette période de confinement, on observe une hausse significative des violences conjugales.

Ainsi, des mesures particulières sont en place : l’officine est devenue un lieu d’alerte où les victimes ont accès aux informations nécessaires et peuvent alerter les forces de l’ordre.
 
Même si le cadre et le rôle ne sont pas les mêmes, voici la citation d’une étude réalisée au Sénégal et en Guinée suite au confinement lié à Ebola. Dans ce contexte, des agents de suivi du confinement avaient été mis en place pour le diagnostic des personnes potentiellement porteuses de ce virus :

« Les liens sociaux, qui ont créé un sentiment de solidarité entre les contacts[6] et les agents de suivi au sein des « communautés de contact », ont joué un rôle clé en atténuant les craintes et en diminuant l’hostilité provoquée par des malentendus ou le manque d’informations »

Les officines sont des lieux de proximité pouvant créer du lien social, et ainsi, en capacité d’atténuer les craintes et l’hostilité. 

[1] Le 6 mars 2020 et le 14 mars 2020
[2] De manière générale, pour répondre à une telle situation, il faut se former et s’entrainer pour obtenir les moyens/capacités/ressources
[3] La peur de perte d’un proche
[4] Très variables selon les personnes. Avoir peur de répondre au téléphone, par exemple.
[5] Supérieur à 10 jours, la durée est prédictive de symptômes post-traumatiques.
[6] Les contacts étant les personnes ayant été directement ou indirectement en contact avec un patient contaminé par le virus Ebola.

Publié le mercredi 8 avril 2020